10 choses que j’en ai marre d’entendre en tant que personne autiste

Dernière mise à jour : 23 juil.


Il y en a évidemment plus que ça, mais je vais me limiter à celles-là aujourd’hui. Il y en a quelques-unes que j’ai déjà abordées dans mes derniers articles d’ailleurs.





« T'as pas l'air autiste! »


Ah, cette fameuse phrase validiste et psychophobe. Franchement, peux-tu me dire c’est quoi pour toi une personne qui « a l’air autiste »? Une personne non verbale, qui n’est pas autonome, qui a un retard de langage et qui trippe sur les trains?


Cette vision de l’autisme est tellement stéréotypée et stigmatisante. Chez beaucoup de personnes autistes, le camouflage social (masking), cette stratégie de « survie sociale » fait en sorte que les traits autistiques sont plus ou moins visibles, et que, très souvent, ces personnes sont confondues parmi celles neurotypiques.


« On est tous un peu autistes. »


Euh, non. On n’est pas tous un peu autistes, autant les personnes neurotypiques que celles autistes. Les personnes autistes ne sont pas « un peu » autistes, elles sont autistes, point barre. Et dire que tout le monde « est un peu autiste » est définitivement ne pas comprendre les difficultés et défis vécus par les personnes autistes et les invisibiliser.


« T'es pas autiste, tu travailles! »


Oui, je travaille. En quoi cela fait que je ne suis pas autiste pour autant? J’ai la capacité de travailler, mais ce n’est pas sans difficultés et défis quotidiens. Même si je me considère comme étant assez autonome dans mon travail, il reste que j’ai besoin de certaines mesures d’apaisement pour pouvoir remplir les attentes de mon employeur et mes fonctions.


Travailler me prend énormément d’énergie. Mais je crois que mes forces, lorsqu’elles sont mises de l’avant, représentent un véritable atout pour mon employeur.


« C'est normal, on vit tous la même chose. »


Pas vraiment. On ne vit pas tous la même chose, au même titre qu’on ne vit pas les choses de la même façon. J’ai beaucoup entendu cette phrase durant la pandémie, par exemple. Il a été démontré que oui, la santé mentale des personnes du monde entier a été fragilisée durant cette pandémie, mais elle l’a été davantage chez les personnes exclues de la société et marginalisées. Les inégalités sociales et économiques ont été exacerbées.


Cela s’applique évidemment à plusieurs contextes. Par exemple, un changement organisationnel, des nouvelles consignes ou règlements, des modifications à l’environnement, etc. Certaines personnes autistes sont très sensibles au changement et aux imprévus. Les effets sont donc souvent amplifiés, et peuvent générer plusieurs difficultés.

« Tu parles pas beaucoup. »


Et puis, quoi? Est-ce un reproche? Pourquoi devrions-nous toujours parler, même quand c’est inutile? Si je ne parle pas, la plupart du temps, il y a une raison assez logique. Je n’ai peut-être simplement pas envie de parler, ou de te parler. Je ne sais peut-être pas quoi dire, ou comment le dire (et même quand le dire). Je ne suis peut-être pas intéressée par la conversation. Je ne comprends peut-être pas ce que tu me dis. Je trouve peut-être superflu d’ajouter quelque chose à ce qui a déjà été dit. Et ainsi de suite. À noter aussi que je peut être en repli autistique (shutdown).

Ce n’est pas parce que je ne parle pas beaucoup que je suis forcément réservée ou timide. Je suis, à la base, une personne introvertie. Aussi, les sujets que je considère comme futiles comme les potins et la météo, par exemple, ne m’intéressent pas. Et je ne supporte pas le small talk.


« Tu vas t'habituer! »


En quoi c’est censé m’aider? C’est tout sauf le cas. J’ai beaucoup de difficulté à m’adapter aux situations, quelles qu’elles soient. Me dire que je vais m’habituer est juste, selon moi, méprisant et fait fi des défis que je dois surmonter pour m’adapter à ces situations qui bouleversent complètement ma routine et mon besoin de stabilité.

Phrase bienveillante : « Je comprends que cette situation peut être difficile pour toi. Fais-moi savoir comment je peux t’apporter mon soutien ».

« Calme-toi et respire! »


Je comprends ta bonne intention, mais je n’ai surtout pas besoin d’entendre ça si je suis, notamment, en effondrement autistique (meltdown). Comme si cette solution magique était salvatrice. Quand on comprend comment peut se sentir une personne autiste lorsqu’elle est en surcharge sensorielle ou émotionnelle, on sait qu’il est inutile de lui dire de se calmer et de respire, ce qui ne viendrait qu’exacerber la situation qui génère ce trop-plein intérieur. Action bienveillante : Laisser la personne autiste évacuer la tension qui la submerge pour retrouver son équilibre intérieur.

Phrase bienveillante (une fois l’effondrement autistique passé) : « Je suis là si tu as envie de parler de ce que tu as ressenti ».

« Apprends à te contrôler. »


Même chose que la phrase précédente. Demander à une personne autiste de se contrôler, c’est ignorer que son fonctionnement neurologique est différent et que ses réactions, même si elles peuvent paraître « démesurées », sont tout à fait naturelles.


« Si tu vois ce que je veux dire... »


Non, je ne « vois » pas ce que tu veux dire. Peux-tu svp verbaliser ta pensée? Beaucoup de personnes autistes ne saisissent pas les non-dits, le second degré, le sarcasme et les doubles sens.


Actions bienveillantes : Expliciter sa pensée, éviter les sous-entendus, privilégier des termes clairs et monosémiques.


« Ça va bien aller! »

Deux mots : positivité toxique. Nul besoin d’en ajouter.