Vous avez dit prosopagnosie?

Dernière mise à jour : 3 août


La prosopagnosie, c'est quoi?


La prosopagnosie, appelée « face blindness » en anglais, signifie l'incapacité à reconnaître les visages ou à les identifier. La plupart des gens reconnaissent les visages sans effort.


Ce n'est pas un problème d'acuité visuelle ni de mémoire. Il s'agit plutôt d'un dysfonctionnement qui peut être inné ou acquis.

Dans le premier cas, on parlera de prosopagnosie développementale, c'est-à-dire que la condition est issue de causes pouvant être liées à des facteurs génétiques, neurologiques ou expérimentaux.


Dans le second cas, la condition peut survenir à la suite d'une lésion affectant certaines parties du cerveau liées à la reconnaissance et à l'identification des visages.


Trois formes de prosopagnosie


La prosopagnosie peut prendre diverses formes et selon différents degrés.


Il y a celle où la personne a une incapacité à reconnaître le visage dans sa forme générale. Les éléments faciaux ne forment pas un tout, et ils peuvent être difformes, indéfinis ou voilés.


La prosopagnosie peut aussi se manifester par une incapacité à reconnaître un visage parmi d'autres et à le distinguer, sans qu'il soit nécessairement inconnu.


Enfin, une personne prosopagnosique peut reconnaître un visage, sans pouvoir l'associer à une identité. Cela signifie qu'elle peut être en mesure de nommer une personne après avoir reconnu son visage, sans toutefois pouvoir donner des informations à son sujet.


La prosopagnosie et l'autisme


De récentes études ont démontré un lien existant entre la prosopagnosie et l'autisme.


Cette condition surviendrait potentiellement chez 36 % des personnes adultes autistes « sans déficience intellectuelle », comparativement à 2 % chez les adultes neurotypiques (Minio-Paluello et al., 2020).

Une autre étude révèle que la connectivité entre les zones du cerveau responsables de la reconnaissance des visages était réduite chez les personnes autistes, par rapport aux personnes neurotypiques (Lynn et al., 2018).


Une reconnaissance faciale altérée et une incapacité à identifier les visages s'ajoutent donc aux nombreuses difficultés que peuvent vivre au quotidien les personnes autistes dans leurs interactions sociales.


Mon expérience en lien avec cette condition


J'ai toujours eu une difficulté, voire une incapacité à distinguer les visages et à les identifier. D'aussi loin que je me souvienne, dès mon enfance.


Cela m'a amené beaucoup de situations irritantes et malaisantes au quotidien. Ce fut, et c'est encore le cas, un véritable handicap social.

Avec le temps, j'ai dû me trouver de multiples stratégies pour éviter ces situations embarrassantes. Ce n'est pas toujours fructueux, mais cela minimise dans la plupart des cas les obstacles rencontrés.


Je me souviens, lorsque je travaillais dans des emplois où j'étais en contact avec la clientèle. J'étais vendeuse. Je pouvais, bien malgré moi, dire bonjour et offrir mon aide à une même personne plusieurs fois, même si celle-ci m'avait déjà répondu quelques instants plus tôt.


C'était très malaisant. Une situation qui pouvait se reproduire très souvent. C'est que je n'arrivais pas à reconnaître et identifier un visage que j'avais vu plus tôt. Un visage inconnu que je n'avais vu qu'une fraction de seconde quelques minutes plus tôt.

Je suis incapable de reconnaître un visage que je n'ai vu qu'une fois ou quelques fois. Je suis tout autant incapable d'identifier un visage familier et de l'associer à des informations que je possède sur ce visage.


Lorsque je regarde une série télévisée ou un film qui implique de nombreux personnages, j'ai beaucoup de difficulté, voire une impossibilité, à suivre le scénario. Il m'arrive très régulièrement de demander à mon entourage qui est le personnage que je viens de voir, si c'est tel ou tel autre personnage. Je confonds énormément ces derniers.

Inutile de dire combien j'ai aussi de la difficulté à identifier les visages connus et les associer aux bonnes personnes, que ce soit des personnalités publiques, ou des personnes présentes dans mon environnement.

Au travail, reconnaître et identifier des collègues que je ne côtoie pas régulièrement est un obstacle assez handicapant.


Si je suis en mesure de reconnaître le visage d'une ou d'un collègue et de l'identifier lorsque je suis dans mon milieu de travail, c'est une tout autre chose lorsque je suis dans un contexte différent.


Par exemple, on me dit souvent, lorsqu'on me croise dans des endroits publics, que je suis « dans ma bulle ». Cela parce que je ne me rends pas compte qu'une personne que je connais et que je suis censée reconnaître est présente dans mon environnement.


Mais, cette personne que je suis censée reconnaître et identifier n'est pas dans le contexte habituel.


Je me souviens de la fois où j'étais dans un magasin et qu'une collègue de travail m'avait saluée. Cette collègue, je ne l'avais vue que quelques fois au bureau. Lorsque je me suis rendu compte qu'elle adressait ses salutations à mon endroit, j'ai tout de suite figé. « Qui est-elle? », « Je la reconnais pourtant! », « Je l'ai déjà vue! ». Je l'ai saluée, sans véritablement savoir qui elle était vraiment, et d'où je la connaissais. Je suis immédiatement partie de mon côté, honteuse, comme si je tentais de me sauver. Finalement, quelques jours plus tard, au bureau, elle me croise et me dit : « Alors, que t'es-tu acheté de beau ce week-end? ». C'est là que j'ai enfin pu l'identifier. C'était elle, une de mes collègues!

Des situations embarrassantes comme celle-ci, j'en vis constamment.


Cela peut sembler loufoque, je dois reconnaître que parfois, je préfère en rire. Mais la vérité est que c'est assez souffrant. Le sentiment d'inadéquation qui en résulte, notamment, est très présent.

La méconnaissance de cette condition et le manque d'éducation et de sensibilisation à la prosopagnosie font en sorte qu'il est difficile pour les autres de comprendre et d'accepter cette situation de handicap invisible.




Références :

Champagne, S. R. (2018). La prosopagnosie, cette incapacité à reconnaître les visages. Le Devoir. www.ledevoir.com/societe/science/522943/certaines-personnes-souffrent-d-une-incapacite-a-reconnaitre-les-visages

Lynn, A. C., Padmanabhan, A., Simmonds, D., Foran, W., Hallquist, M. N., Luna, B., & O’Hearn, K. (2018). Functional connectivity differences in autism during face and car recognition: underconnectivity and atypical age-related changes. Developmental science, 21(1), 10.1111/desc.12508. https://doi.org/10.1111/desc.12508.


Masbourian, P. (2018). La prosopagnosie, ce trouble intrigant qui empêche de reconnaître les visages. ICI Radio-Canada. ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/les-eclaireurs/segments/chronique/87418/visage-reconnaissance-yeux-trouble-prosopagnosie-condition-vision.

Minio-Paluello, I., Porciello, G., Pascual-Leone, A., & Baron-Cohen, S. (2020). Face individual identity recognition: a potential endophenotype in autism. Molecular autism, 11(1), 81. https://doi.org/10.1186/s13229-020-00371-0.

Morin, J. (2019). La prosopagnosie : un monde de visages étrangers. Acfas Magazine. https://www.acfas.ca/publications/magazine/2019/04/prosopagnosie-monde-visages-etrangers